Au Kongo Central, les organisations de la société civile œuvrant dans le secteur pétrolier à Muanda dénoncent plusieurs maux liés à l’exploitation pétrolière. de nombreuses violations des droits humains, le dualisme juridique, la précarité sociale persistante des communautés locales, marquée par une pauvreté chronique, ainsi que la destruction de la biodiversité fragilisée par l’exploitation pétrolière. Elles ont lancé la campagne « Notre terre, sans pétrole », une initiative visant à mettre fin à l’exploitation pétrolière à Muanda. Elles l’ont fait savoir à la presse lundi 22 décembre, au cours d’une conférence tenue dans la salle de réunion du ministère de l’Agriculture.
L’Initiative pour le développement local (IDEL), la Dynamique pour le droit, la démocratie et le développement durable (D5), le Cadre des acteurs et d’actions pour le développement durable (C.A.A.D.D) et le Réseau des ressources naturelles et développement (RENAD) soutiennent activement la campagne » Notre terre, sans pétrole ». Ces organisations de la société civile œuvrant dans le secteur pétrolier à Muanda dénoncent : de nombreuses violations des droits humains, le dualisme juridique, la précarité sociale persistante des communautés locales marquée par une pauvreté chronique, ainsi que la destruction de la biodiversité fragilisée par l’exploitation pétrolière.
Le Kongo Central est pourtant une province qui dispose d’atouts suffisants pour assurer un développement durable de ses communautés. Cependant, l’exploitation pétrolière, particulièrement à Muanda, maintient paradoxalement les populations locales dans la pauvreté. « C’est une campagne menée aux niveaux national, régional et international, au cours de laquelle les ONG militent pour l’arrêt de l’exploitation pétrolière. C’est là notre combat. Au regard de la dégradation avancée de l’environnement, des violations des droits humains, de la montée de la corruption dans les entités, et surtout des enjeux environnementaux et juridiques, nous comprenons qu’aujourd’hui, à cause de l’argent du pétrole, l’être humain est relégué au second plan. Si l’exploitation pétrolière cesse, la terre peut se régénérer, la production peut redevenir possible et la zone de Muanda peut créer des milliers d’emplois, à condition que les ressources soient protégées« , explique Serge Ngimbi, coordonnateur de l’IDEL Kongo Central.
Les préoccupations liées aux droits
Pour sa part, Me Germain Mbambi Mbadu, chargé des programmes de la D5, a mis l’accent sur les préoccupations d’ordre juridique. Il a notamment évoqué le cadre légal, en particulier la loi de 2015 sur les hydrocarbures, qui ne s’applique pas pleinement aux sociétés pétrolières opérant à Muanda. Ces dernières bénéficieraient plutôt d’un régime spécial leur accordant de nombreux avantages, notamment la stabilité juridique, fiscale et douanière, créant ainsi une situation de « fixité ».
« Le contexte fiscal des années 1969 et les réalités actuelles ne sont plus les mêmes. La RDC devrait instaurer une égalité entre les acteurs évoluant dans un même secteur. Or, certains bénéficient d’un régime spécial de protection, tandis que d’autres sont soumis au régime général prévu par la loi, alors que celle-ci est censée s’appliquer au présent comme à l’avenir », a-t-il souligné.
Dans le second volet de son intervention, Me Germain Mbambi a dénoncé les violations des droits des communautés locales. « Nous assistons à une réalité qui ne dit pas son nom. Les communautés vivant dans la zone semblent privées de tout droit. Elles peuvent se réveiller un matin et constater que leurs champs sont devenus des concessions appartenant à Perenco ou à une autre société pétrolière, sans aucune consultation préalable, pourtant prévue par les mécanismes juridiques. Elles sont ainsi abandonnées à leur propre sort. Nous estimons que cette manière de faire constitue une violation grave des droits humains », s’est-il indigné.
Ne plus étendre l’exploitation pétrolière
Intervenant également lors de cette conférence, Alphonse Khonde, secrétaire exécutif du C.A.A.D.D, a appelé à briser la spirale de l’extractivisme. « À l’allure où vont les choses, au regard des intentions du gouvernement d’étendre l’exploitation pétrolière, nous craignons une démarche qui risque de plonger davantage le pays dans le chaos. À Muanda, des espèces végétales et animales qui existaient il y a cinquante ans ont aujourd’hui disparu, tandis que la précarité des communautés locales demeure inexplicable. Par ailleurs, la destination de l’argent du pétrole reste inconnue et, par ricochet, Muanda ne bénéficie pas du développement issu de cette exploitation », a-t-il déploré.
Il en veut pour preuve le manque criant d’infrastructures de base, notamment les routes, l’accès à l’eau potable et à l’électricité. Il s’oppose fermement à l’ouverture de nouveaux puits pétroliers.
Dans leurs démarches, ces organisations plaident pour des modèles alternatifs axés sur la promotion de l’économie verte, le tourisme, l’agriculture, l’élevage, l’industrialisation de la pêche, autant de secteurs capables de favoriser un développement durable. Elles entendent mener ce plaidoyer aussi bien auprès des autorités provinciales que nationales.
Pour conclure, Serge Ngimbi rappelle que « l’extractivisme est un modèle économique qui maintient les riches dans leur richesse et les pauvres dans leur pauvreté”.

