Au Kongo central, la Dynamique pour le droit, la démocratie et le développement durable s’emploie à défendre et à améliorer les droits des communautés locales dans le cadre de la mise en œuvre du projet “Grand Inga”. A cette fin, elle organise pendant deux jours un forum provincial réunissant les organisations de la société civile du Kongo central et les autorités locales et provinciales, au barreau du Kongo central.
Quarante participants prennent part à la rencontre : membres des organisations de la société civile regroupées dans la plateforme “Inga Watch”, autorités locales et provinciales. Ils débattent de plusieurs préoccupations liées aux droits des communautés d’Inga notamment l’accès à l’information sur ce projet d’envergure, leur participation au processus décisionnel, et leur implication dans les études d’impact environnemental et social.
A travers deux panels lors du premier jour, les intervenants abordent différentes thématiques liées au projet. Justin Mobomi, analyse le contexte de la mise oeuvre du projet “Grand Inga”, au-delà de l’historique. “La RDC est un pays riche en ressources naturelles, dont des ressources énergétiques. Elle dispose d’un potentiel estimé à plus de 100 000 MW dont 40% sont concentrés sur le site d’Inga. Mais à ce jour, le pays n’exploite qu’une quantité limitée : 1 275 MW sur Inga 1. Pour valoriser l’ensemble de potentiel, il faut développer le projet Grand Inga”, relève-t-il.
Faire respecter les préalables
Le deuxième intervenant du jour, Iris Kashindi, chargé des programmes Corap, a cartographié les acteurs impliqués dans le processus du développement au projet Grand Inga tant au niveau international, national que provincial : les États-Unis et leurs partenaires dont la Banque mondiale ; la France ; l’Afrique du Sud via la BAD ; la présidence de la République ; la Primature ; le gouvernement à travers les ministères sectoriels de l’Énergie, Environnement ; le gouvernement provincial ; et la société civile. Il rappelle le rôle de cette dernière: “Nous n’avons pas à approuver ou rejeter le projet. Notre rôle est de veiller au respect des préalables. Si les impacts ne sont pas maitrisés et que les communautés ne sont pas traitées comme il se doit… Si les préalables ne sont pas respectés, nous ferons pression pour qu’ils le soient.”
Gestion institutionnelle
Me Germain Mbambi examine la gestion institutionnelle du projet Grand Inga, en particulier le rôle du gouvernement, de l’ADEPI et de la RDC. “Il existe un problème de violation des textes relatifs à la création et au fonctionnement de l’ADEPI (Agence pour le développement et la promotion du projet Grand Inga) en RDC, ce qui interroge la force probante des actes posés par cette agence. Il y a aussi un problème de redevabilité et de gouvernance : les élus du peuple ne peuvent exercer aucun contrôle sur l’agence”. Le projet de loi sur l’ADPI a été analysé pour dégager les failles, avec la facilitation de Me Justin Mobomi. Selon eux, ce texte ne protège pas suffisamment les droits des communautés, facilite l’expropriation et manque de clarté sur la transparence…
Trop d’avantages
Les participants se sont montrés très actifs. Joseph Kiuya, coordinateur provincial de la nouvelle société civile du Kongo central 1, critique les pouvoirs accordés à ADEPI : “L’ADEPI en tant qu’établissement public, dispose de pouvoirs si étendus qu’elle ne peut être redevable, ce qui pose problème pour le pays. La loi accorde aussi trop d’avantages aux investisseurs. Nous devons plaider pour modifier certains articles afin de limiter ces pouvoirs. L’ADEPI étant rattachée à la présidence, le risque de non-redevabilité est réel, alors que ce projet générera des fonds importants qui doivent doivent être contrôlés”. Heureux, David Mbungu, cheffe de groupement Kizutadi lance : ”La société civile nous ouvre l’esprit quant au projet Inga 3.”

